La future tour Hypérion, entièrement en structure bois, culminera à 57 mètres. PHOTOS JEAN-PAUL VIGUIER ET ASSOCIÉS

Avec Hypérion, habiter dans un arbre

Texte : Jean-Pascal Videau

INNOVATION Pionnière dans la construction en bois, la tour d’Eiffage est désormais en phase de commercialisation

A l’époque, c’est un projet qui avait fait couler beaucoup d’encre : la tour Hypérion, conçue par le cabinet d’architecture Jean-Paul Viguier pour Eiffage Immobilier et Woodeum, lauréate de l’appel à projet de l’EPA Euratlantique, était le plus haut projet de construction en bois au monde, culminant à 57 mètres. C’était en 2016, lors du Mipim de Cannes, rendez-vous mondial de l’immobilier. Depuis, d’autres projets dans le monde, en Autriche (tour HoHo, 84 m) ou en Scandinavie, ont dépassé cette hauteur, mais Hypérion reste emblématique de la construction bois. D’ailleurs, son nom fait référence à un séquoia géant découvert en 2006 aux États-Unis, dans le parc national de Redwood, en Californie, qui est le plus haut spécimen au monde, culminant à plus de 115 mètres et baptisé Hyperion. Plus prosaïquement, le projet bordelais est désormais entré dans sa phase la plus visible pour le grand public, avec une commercialisation lancée en septembre 2018 et un chantier qui vient tout juste de démarrer, en janvier dernier.

1 400 m3 de bois
Le programme se compose de cinq bâtiments, dont la fameuse tour en bois qui comptera 16 étages et abritera la plupart des logements, allant du studio au cinq pièces, avec des loggias, balcons ou terrasses. Pour les 113 logements commercialisés, compter des tarifs autour de 4 000 euros le m2, voire plus de 5 000 euros pour les petites surfaces. Une trentaine d’appartements étaient encore à vendre au mois de mars. À noter que parmi ces logements, 38 seront destinés à l’accession sociale à la propriété.
Conçue à la manière d’un arbre, Hypérion doit permettre à chacun des logements de profiter d’espaces extérieurs très verts, avec des jardins suspendus, et des volumes généreux. Le projet inclut également environ 150 places de parking mais aussi des surfaces commerciales et des bureaux, et constituera une pièce essentielle de la future place d’Armagnac, juste à côté de l’ancien centre de tri postal et face à la partie arrière du marché de Brienne.
S’il s’agit bien d’une tour à ossature bois, visuellement, pourtant, elle ressemblera à un bâtiment classique : le bois est essentiellement utilisé, et c’est d’ailleurs toute l’innovation du projet, pour la structure porteuse, même s’il sera notamment laissé visible en sous-face des balcons. Cette structure, constituée de poteaux- poutres en lamellé-collé, viendra s’appuyer sur le noyau en béton qui permet d’intégrer les cages d’escaliers et d’ascenseur, ainsi que sur les trois premiers niveaux du bâtiment, également en béton.
Au total, 1 400 m3 de bois seront nécessaires, dont une partie sera originaire des Landes, la filière nécessitant encore d’être structurée. De quoi stocker l’équivalent de 1 000 tonnes de CO2, soit l’équivalent des émissions que la tour aurait générées pendant neuf ans. À noter également qu’un tel chantier permet de diminuer considérablement les rotations de camions – les structures étant préfabriquées – et de réduire également la durée du chantier. Celui-ci va toutefois s’étirer sur deux ans, l’ensemble des bâtiments devant être livrés à l’horizon du second trimestre 2021.

Son nom fait référence à un séquoia géant découvert aux États-Unis, qui est le plus haut spécimen au monde

Euratlantique veut faire pousser la filière bois
En annonçant, en 2016, la construction de deux tours en bois (Hypérion et Silva) et la tenue à Bordeaux du premier congrès mondial de la construction bois, Woodrise, en 2017, Euratlantique affichait ses ambitions sérieuses en la matière. En l’occurrence, l’établissement public indiquait sa volonté de construire chaque année, pendant quinze ans, l’équivalent de 25 000 m2 de surface de plancher avec ce procédé, soit environ 350 logements par an. L’objectif est double.
D’abord, il s’agit de répondre au défi écologique, de plus en plus crucial, de réduire les émissions de CO2, la construction et le logement étant de grands pollueurs en la matière. L’autre objectif est de développer une filière économique cohérente en Nouvelle-Aquitaine, forte de ses importants massifs forestiers, aussi bien dans les Landes que dans le Limousin. Les objectifs annoncés sont d’ores et déjà tenus, avec des projets qui ont marqué les esprits, comme les tours mais aussi l’immeuble de bureaux Perspective, inauguré en septembre 2018 et considéré comme le plus haut immeuble de bureaux en structure bois d’Europe.
Plus discrètement, d’autres opérations intègrent le bois dans leur structure, comme l’opération du groupe Réalités sur l’îlot Dunant, derrière la caserne de la Benauge, en rive droite, à hauteur de 30 %.

Le programme compte au total cinq bâtiments, avec des bureaux et des commerces. 113 logements sont commercialisés

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